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Pour en revenir à eux : Tome & Janry, moi, je suis fan !
Je ne suis pas sûr de ne pas avoir ressenti une espèce d'excitation quand j'ai appris la réédition en intégrale des Spirou et Fantasio “par” Tome & Janry. Je pense avoir réussi à réprimer ce sentiment, sinon je me serais probablement épuisé d'impatience, dans l'attente interminable de la date de publication annoncée.
C'est donc un peu par hasard, mais faussement, que je suis tombé en librairie sur le volume 13 de l'Intégrale. En fait, en mon for le plus intérieur, je me torturais l'esprit depuis plusieurs jours, me demandant si je devais résister ou pas à la tentation de me porter acquéreur de cet ouvrage et des autres volumes qui allaient suivre.
D'abord, je n'étais propriétaire d'aucun des 12 premiers volumes. Je crois que j'ai mal interprété à l'époque le projet initial de l'éditeur : à cause de leurs titres, j'ai dû penser que les premiers volumes étaient des recueils thématiques et pas du tout chronologiques, et que l'Intégrale risquait de ne pas être exhaustive et de manquer de cohérence.
Je me demandais donc si ça n’allait pas faire un peu tache dans ma bibliothèque de ne commencer la collection qu'à partir du volume 13 (c'est forcément plus voyant de commencer une collection en cours que d'abandonner une collection en cours). Quoiqu’en définitive, je ne suis pas le genre de collectionneur à vouloir tout posséder. Je ne voulais pas non plus me forcer à avoir tous les volumes, notamment ceux de Fournier, dont je ne parviens pas à apprécier l’univers ou la sensibilité – la “patte” – malgré des efforts répétés (j’ai relu L’Ankou récemment – sans plaisir).
Ensuite, au lieu de l’Intégrale, j’hésitais à récupérer auprès de mes neveux mes albums originaux, puisqu’il y a quelques années déjà, je les leur ai précieusement transmis, dans un élan de générosité insuffisamment considéré. Bien sûr, ce ne serait pas gentil de les leur reprendre, mais je sais pour en avoir vu certaines trainer dans leurs chambres qu’ils n’en prennent pas soin, de mes bédés : pourraient-ils d’ailleurs toutes me les retrouver dans leurs capharnaüms, si je le leur demandais ?
Enfin et surtout, je craignais sérieusement de sombrer dans une sorte de nostalgie néfaste si je me replongeais dans ces aventures-là, celles de mon enfance inconsciente et confortable, et tellement agréable quand j’étais absorbé par leur lecture. Je n’ai pas encore relu Spirou à New York et La Frousse aux trousses, puisqu’ils ne figurent pas dans ce volume 13, mais c’est comme si je retenais encore mon souffle quand je me remémore une double page dans laquelle Spip tente d’échapper à un cuisinier chinois et un frisson parcourt ma nuque au souvenir de l’annonce au JT de la disparition de Spirou et Fantasio au Touboutt-Chan. Est-ce raisonnable pour un trentenaire respectable de se laisser submerger par des émotions causées par des bandes dessinées ?
Finalement, j’ai cédé à la tentation. J’ai acheté le volume 13. Je ne l’ai pas lu immédiatement, comme pour entretenir le désir, oui. Je l’ai terminé il y a plusieurs semaines, mais j’y pense encore et encore (d’où ce post). Je me pose des tas de questions. Comment expliquer ma fascination pour les Spirou et Fantasio de Tome & Janry ? J’aime beaucoup le trait de Franquin et en particulier certaines planches de ses Spirou (dans La Mauvaise Tête ou Le Repère de la murène, par exemple – la couleur aussi, en plus du trait, y est pour beaucoup), mais c’est une esthétique que je n’ai eu conscience d’apprécier qu’à l’âge adulte. Alors que je me souviens du plaisir que je prenais à redessiner certaines cases de Tome & Janry quand j’étais gosse (Spirou accroché à une corde au milieu d’une chute d’eau dans La Frousse aux trousses ou La Vallée des bannis...). Sans doute pouvais-je être plus facilement sensible à la modernité du trait de Tome & Janry, tandis que, peut-être, celui de Franquin pouvait me paraitre démodé, vieillot. Mais je trouve encore le trait de Tome & Janry vraiment remarquable. Cf. page 19 du volume 13, l’annonce de prépublication de Virus, le dessin en couleur de Spirou et Fantasio, la suspicion dans le regard de Fantasio, ses cheveux, les cheveux et le regard de Spirou, la façon de tenir cette boite contenant les ampoules d’antivirax...
Tous ces éléments constitutifs de l’univers propre aux Spirou et Fantasio de Tome & Janry qui me plaisent, comment les désigner ? A titre d’exemple, dans Virus justement, la Renault 5 jaune (première case de la dernière ligne, planche 4B, page 90), la chambre de Spirou (planches 5B et 6B)... Ces éléments confèrent une réalité particulière à l’univers de Spirou et Fantasio, une existence propre qu’on ne pourrait pas exactement imaginer, dont on ne pourrait pas se représenter tous les détails, mais dont on ressent la densité, la cohérence et la permanence en arrière plan dans les albums et même au-delà, comme si, par exemple, le Champignac-en-Cambrousse de Qui arrêtera Cyanure ? existait réellement quelque part : ainsi, on ne doute pas que les habitants de Champignac ont une vie bien à eux, en dehors et indépendamment des albums de Spirou.
Quels sont les ingrédients qui rendent les aventures de Spirou et Fantasio par Tome & Janry si savoureuses ? Le sens du rythme, l’humour... Et ?
Si j’avais le temps, je décortiquerais sérieusement et objectivement le travail de Tome & Janry pour essayer de comprendre pourquoi leurs albums de Spirou et Fantasio m’impressionnent tant et encore. Je concentrerais par exemple mon étude sur l’équilibre entre Fantasio et Spirou. N’est-ce pas significatif que, dans leur première grande aventure par Tome & Janry, ce soit Fantasio qui fasse en premier son apparition ? Est-ce que ça n’annonce pas son désir de supplanter Spirou (et de le planter tout court) dans La Vallée des bannis ? Autre sujet de réflexion : Spip est-il plus drôle ailleurs que chez Tome & Janry ? Etc.
En tout cas, à mon avis, certains albums de Tome & Janry (Spirou à New York, La Vallée des bannis, Spirou à Moscou) sont de véritables chefs-d’oeuvre et comptent parmi les meilleurs albums de toute-la-bande-dessinée-du-monde-et-de-tous-les-temps. Et même si c’est pas vrai, leurs albums ont une telle importance pour moi que Tome & Janry font partie des quelques artistes auxquels j’aimerais pouvoir exprimer timidement, humblement, mais sincèrement et affectueusement, toute mon admiration et ma gratitude. Si on pouvait les leur transmettre de ma part...
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